Groupon, le soufflé va-t-il retomber ?
04/11/11 - http://lauer.blog.lemonde.fr
Le PDG et fondateur de Groupon, Andrew Mason, a réussi son petit effet. Malgré le scepticisme sur son modèle économique, malgré les erreurs de communication sur sa comptabilité, malgré les tensions sur les marchés financiers, le site de commerce via Internet a fait une entrée fracassante en Bourse. Dans les premiers échanges à Wall-Street, vendredi 4 novembre, la valeur a bondi de près de 50% : introduit à 20 dollars, le titre s’échangeait à plus de 29 dollars, moins d’une heure plus tard.
On n’avait plus vu une telle volatilité en Bourse depuis la dégradation de la note de la dette souveraine des Etats-Unis en août par Standard & Poor’s. Le «VIX», le Chicago Board Options Exchange Volatility Index, s’est affolé en début de semaine en grimpant de 42% quelques jours avant l’une des introductions en Bourse les plus attendues de l’année.
Pourtant toutes les incertitudes ne se sont pas envolées d’un seul coup d’un seul. Mais les banques qui ont piloté l’opération, Goldman Sachs, Morgan Stanley et Crédit Suisse avaient mis tous les atouts de leur côté pour transformer le pari en succès. Le faible nombre d’actions, qui étaient proposées à la vente a visiblement créé un effet de rareté, qui a contribué à l’envolée du titre.
Le soufflé retombera-t-il aussi vite qu’il est monté ? A partir du moment où les 700 millions de dollars levés vendredi en Bourse ne représentent que 5% de la capitalisation totale, difficile de tirer des conclusions définitives du feu d’artifice auquel on a assisté à Wall-Street. Un certain nombre d’investisseurs ont acheté un ticket pour monter dans le train, pas sûr qu’ils veuillent aller jusqu’au terminus.
Une fois posées ces questions, l’introduction en Bourse de Groupon, au-delà des excès qui entourent inévitablement les valeurs Internet, a, malgré tout, quelques vertus : d’abord, le modèle économique est assez gourmand en cash. Cet apport d’argent frais est donc de nature à le consolider. Ensuite, la pression du marché va aider à structurer ce modèle, le pousser vers plus de maturité.
Enfin, il consacre une idée, qui fait son chemin : celle qui consiste à faire converger commerce physique et Internet. L’un et l’autre ont vécu ces dernières années dans la crainte de la cannibalisation réciproque. Mais de plus en plus d’acteurs prennent conscience aujourd’hui que l’avenir de la distribution réside dans un mélange équilibré entre les deux. Groupon n’a peut-être pas encore trouvé encore la formule magique. Le principe, rappelons-le, consiste à négocier des réductions avec des boutiques physiques. Celles-ci tablent ensuite sur Groupon pour fédérer assez d'acheteurs pour justifier une ristourne. Les produits sont alors retirés en boutiques grâce à des bons d'achat distribués par le site. Ce système a indubitablement ses failles et est sans doute améliorable, mais le rôle de précurseur, que joue Groupon a certainement une valeur. A la bourse de l’évaluer dans les mois qui viennent, quand le calme sera un peu revenu.
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