La leçon de Larry Summers, la réplique de David Cameron
Lemonde.fr - 27.01.12
A un moment ou à un autre, à Davos, il y a toujours la leçon du professeur Summers. Et c'est toujours une bonne dose de poil à gratter, assénée avec un zeste d'humour et, les années passant, beaucoup d'autorité. La 42e édition du Forum économique mondial, dans cette petite ville des Alpes suisses, a respecté la tradition. L'ancien secrétaire au Trésor des Etats-Unis, qui enseigne à Harvard, a dit, jeudi 26 janvier, tout le mal qu'il pensait des politiques d'austérité budgétaire quand elles sont menées par plusieurs pays en même temps.
Sans jamais désigner l'Europe, il a dit sa crainte que la politique budgétaire pratiquée dans l'Union européenne n'y accentue la récession : "Le retour à des finances publiques saines suppose un niveau de croissance raisonnable, lequel ne sera pas atteint en période d'austérité budgétaire."
L'intitulé de la session était formulé sous forme de question : "La prospérité avec l'austérité ?" La salle était comble. "Avoir pour seule politique de s'attaquer aux déficits publics, ce n'est pas une stratégie suffisante", a poursuivi le professeur. Il n'a pas explicité ce qu'il ferait à la place des Européens, mais il a jugé le moment propice aux Etats-Unis pour lancer une grande politique d'investissements dans les infrastructures et accompagner la nécessaire réduction des déficits publics. Cela peut prendre la forme d'un partenariat public-privé, peu importe, l'essentiel est d'allumer l'étincelle qui peut entretenir la croissance et l'optimisme. Cela ne ferait pas de mal en Europe...
Le financement ? Larry Summers répond : "Aujourd'hui, l'Etat fédéral emprunte à dix ans à des taux négatifs, ou presque, et le chômage atteint 20 % dans le secteur des BTP - alors si ce n'est pas le bon moment pour investir dans les infrastructures..." C'est une question morale : l'état lamentable des infrastructures américaines "pèsera demain sur les générations futures au moins autant que les déficits que nous leur laissons", a affirmé M. Summers.
"FOLIE"
Un peu plus tard, David Cameron lui a indirectement donné la réplique. Le premier ministre a jugé que la Grande-Bretagne, pour redevenir compétitive, a besoin de l'impitoyable cure d'austérité budgétaire à laquelle il la soumet. Mais elle est compensée par une politique monétaire généreuse, qui insuffle massivement des liquidités dans l'économie et que Londres peut mener, s'est-il félicité, parce que le pays n'est pas dans la zone euro.
Il a jugé que la situation de cette dernière s'améliorait quelque peu. Il n'en n'a pas moins appelé l'Union européenne à être plus radicale dans la poursuite de réformes de structures allant dans le sens d'un allégement de tout ce qui peut peser sur le dynamisme des entreprises. Il a dénoncé le poids des contraintes de protection sociale imposées par Bruxelles. Il a qualifié de "folie", qui conduirait à la suppression d'un demi-million d'emplois en Europe, le projet de la Commission d'instaurer une taxe sur les produits financiers dans l'Union - et notamment destinée à financer de nouvelles infrastructures. Dommage, le professeur Summers n'était pas dans la salle.
Alain Frachon (Davos, envoyé spécial)
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