Les echos.fr - 31/10 | 01:00 | Christine Berkovicius
Vergnet trouve un vent porteur pour ses éoliennes !!
Le seul constructeur français d'éoliennes réussit à l'international en capitalisant sur des machines hors normes. Un savoir-faire qui ouvre des perspectives en France contre vents et marées.
Ecrit par
CHRISTINE BERKOVICIUS
Leader mondial de l'éolien de petite et moyenne puissance, Vergnet n'a pas attendu la vogue du « green business » pour conjuguer innovation et écologie. Son fondateur, Marc Vergnet, fait d'ailleurs la moue lorsqu'on tente de lui accoler la moindre étiquette, car, à ses yeux, le développement durable n'est pas un choix, mais une évidence. Il a commencé sa carrière en Afrique comme ingénieur du génie rural des eaux et forêts. Révolté par les conséquences des grandes sécheresses des années 1970, il met au point une hydropompe manuelle dont le succès ne s'est jamais démenti depuis. Cet état d'esprit, il s'efforce de l'insuffler à ses collaborateurs au sein de Vergnet, entreprise créée en 1989 à Orléans, suite au rachat d'un petit fabricant d'éoliennes. « Notre objectif n'est pas d'innover pour innover, ni même de répondre à un marché existant, mais de comprendre les besoins de nos futurs clients sur des aspects aussi essentiels que l'eau ou l'énergie, et de développer des produits capables de les satisfaire », résume le PDG, âgé de soixante-neuf ans.
La stratégie
En marge de ses concurrents européens, le seul fabricant français d'éoliennes choisit d'aller « là où les autres ne vont pas » et s'intéresse aux zones cycloniques comme les Caraïbes, le Pacifique Sud ou l'océan Indien. Grâce au succès des pompes hydrauliques, l'industriel travaille pendant six ans à la mise au point d'une machine apte à résister à des vents violents de plus de 300 km/h. L'entreprise invente un concept unique d'éolienne basculante, dotée d'un mât haubané qui peut être abaissé à l'approche des cyclones. « C'est comme dans la fable de La Fontaine, c'est le roseau qui gagne ! », s'amuse Marc Vergnet. D'une puissance de 275 kilowatts, elle est aussi suffisamment légère pour pouvoir être acheminée et assemblée dans des zones difficiles d'accès.
Les premières machines sont installées en 1996 à la Guadeloupe et l'entreprise décolle peu à peu grâce aux départements d'outre-mer. En 2005, elle décide de gagner de nouveaux marchés et s'attaque au développement d'une éolienne de 1 mégawatt, en s'imposant toujours ces mêmes contraintes de résistance aux vents et de légèreté. Vergnet reçoit le soutien de l'Ademe pour l'étude de faisabilité et d'Oséo pour le développement, mais porte seul l'essentiel du projet, d'un montant de plus de 10 millions d'euros, alors que son chiffre d'affaires atteint à peine le double. « Nous y avons consacré des équipes à géométrie variable, en majorité composées d'ingénieurs, jusqu'à 40 salariés sur 100 au plus fort du développement, et nous avons sous-traité la partie calculs », explique le responsable du projet, Jean-Michel Fontaine.
Les premiers essais grandeur nature ont lieu en 2008. Mais l'investissement pèse lourd, d'autant que Vergnet voit subitement disparaître ses marchés dans les départements d'outre-mer, soit 85 % de son activité, au profit du solaire. Ses comptes virent au rouge, entre 6 et 9 millions d'euros de pertes annuelles depuis trois ans. Mais les efforts de recherche consentis les années précédentes portent leurs fruits. Grâce à l'avantage que lui confère la dernière-née de ses machines, Vergnet regagne le terrain perdu, conquiert de nouveaux clients à l'étranger et signe de gros contrats, notamment au Nigeria, en Mauritanie et en Ethiopie. Résultat, l'entreprise a quasiment triplé son chiffre d'affaires en 2010, à 83 millions d'euros, et fonde désormais de gros espoirs sur la réouverture du marché outre-mer.
Le bilan
Avec plus de 10 % de son chiffre d'affaires consacré à la R&D et une équipe de 37 personnes sur quelque 150 salariés, Vergnet explore aujourd'hui de nouvelles pistes, seul ou en partenariat. Une nouvelle fois à contre-courant des partisans des grandes fermes éoliennes, l'industriel tente le pari d'un éolien de proximité. Ses équipes réfléchissent à une petite machine de 60 kilowatts, destinée à fournir une ressource d'appoint aux particuliers en milieu rural. Là encore, l'industriel mise sur un marché de « niche » porté par une réglementation favorable dans plusieurs pays européens comme l'Italie, l'Angleterre, l'Irlande, la Lituanie, la Roumanie... « Avec notre technologie et notre savoir-faire en termes de montage de projet, le développement ne devrait pas prendre plus d'un an », pronostique Jean-Michel Fontaine. Autres pistes à court terme, le couplage entre éolien et diesel développé avec Eneria, qui distribue les moteurs Caterpillar, ou bien un système de stockage et de prévision, pour garantir la puissance d'alimentation d'un réseau.
Grâce à deux nouveaux actionnaires - le Fonds stratégique d'investissement et le groupe lorientais Nasse & Wind ont investi 18 millions d'euros et détiennent près de 30 % du capital -, Vergnet s'est aussi inscrit au sein d'un projet de recherche dont il n'est pas le pilote. Baptisé Winflo, il est porté par Nasse & Wind avec l'appui notamment de DCNS à Brest et de l'Ifremer, et vise à développer une éolienne flottante de grande puissance, de 5 à 7 mégawatts, adaptée à des fonds supérieurs à 50 mètres, qui constituent aujourd'hui la limite de l'éolien offshore. Vergnet compte y adapter sa technologie du moyeu oscillant, en vue du déploiement d'un démonstrateur au large du Croisic en 2013. L'industriel orléanais espère « faire partie de la structure industrielle » et devenir « l'un des grands acteurs de l'éolien d'après-demain ».
Christine Berkovicius
CORRESPONDANTE À ORLÉANS