Vendredi novembre 22nd 2019

Le Système de John Law

La fin du Système

L’accalmie reviendra, mais pour très peu de temps. Un événement va faire tanguer fortement l’édifice de Law. Début février, le Prince de Conti demande la conversion en or et en argent de 60 millions de titres de la Compagnie des Indes. Cette demande de conversion sera suivie et imitée par de nombreuses personnes. Ces demandes de conversions entraînent un déchaînement des foules. Suite à cet événement, Law décide d’interdire les émissions de nouveaux billets, ainsi que les transactions boursières. Il reviendra rapidement sur cette dernière interdiction le 5 mars en fixant un prix de l’action à 9000 livres pour la réouverture des transactions. La spéculation baissière s’enclenche alors de manière irréversible. Peu de temps après, il annonce que à partir du mois de mai, la circulation d’espèce en or sera interdite. Il en sera de même à partir du mois d’août pour l’argent. Ces mesures sont inutiles. Law décide alors de prendre de nouvelles mesures. Ils fusionnent la Banque Royale avec la Compagnie des Indes et rend les billets de banques inconvertibles, sauf en actions de la compagnie. Le 21 mai, Law ordonne une réduction de la valeur de l’action à 5000 livres et du billet à la moitié de sa valeur. Dés que ces mesures furent connues, elles provoquèrent un tollé général. Les pressions exercées par les membres du Conseil de Régence et par le Parlement poussent le Régent à renvoyer Law le 27 mai 1720. Beaucoup veulent l’embastiller. Philippe d’Orléans se contente de lui retirer ses fonctions de contrôleur général des finances tout en le laissant à la tête de la Banque Royale et de la Compagnie des Indes. A son retour, Law essaye tant bien que mal de trouver les moyens de résorber les billets et les actions afin de sauver son système. Cependant, la Banque se voit dans l’incapacité d’assurer le remboursement des billets. Celle-ci est donc fermée. La fermeture entraîne et provoque des ruées de monde à ses portes. La décision de fermeture est reportée de quelques jours. Les détenteurs de billets peuvent convertir au maximum 100 livres, puis 10 livres et finalement un seul billet par personne. La Banque se voit véritablement obligée de fermer. L’échange de monnaie  redevient possible mais seulement dans huit commissariats de la ville de Paris et uniquement 2 jours par semaine. Le Parlement impose la réouverture de la Banque. Celle-ci provoque le 17 juillet une émeute dans les locaux de la Banque rue Quincampoix. Paris est en état de siége. Le 24 juillet le Parlement part en exil à Pontoise. John Law suite aux émeutes, reste enfermé 10 jours au Palais-Royal. Le 1er août, il tente une nouvelle mutation monétaire pour placer les espèces au pair avec le papier. Cette décision est un échec. Il choisit donc d’abandonner définitivement le papier monnaie en ordonnant, le 15 août 1720, une démonétisation progressive des billets dont une partie devra être transformée en rentes à 2% sur la Compagnie des Indes. Le 25 août les avantages fiscaux liés aux billets sont supprimés. Le 10 octobre, les paiements en billets sont interdits et ils sont retirer de la circulation par une opération monétaire qui impose que les nouvelles espèces à recevoir seront payables un tiers en billets. Parallèlement, Law offre aux actionnaires la possibilité de convertir leurs actions en compte courant de la Banque, mais contre une diminution des deux tiers de la valeur des titres (soit environ 2000 livres). Cette mesure a pour conséquence l’échange massif d’actions contre des billets. Fin octobre, Law perd la mainmise sur le contrôle des décisions financières. Le 25 octobre, la Bourse de la Rue Vivienne est supprimée. La spéculation continue cependant dans les jardins de l’hôtel de Soissons. Le cours de l’action tombe à 40 livres… Le 9 décembre, se trouvant dans l’impossibilité de procurer au Trésor les fonds dont le gouvernement à besoin, il offre sa démission. Il quitte Paris le 14 décembre après une entrevue avec le Régent. Il se rend dans sa propriété de Guermande et quitte définitivement la France le 22 décembre 1720 pour s’installer à Bruxelles. La liquidation de sa Banque est confiée aux Frères Paris. Le 26 janvier 1721, un arrêt détermina comment devait se faire la liquidation de la Compagnie. La liquidation se termina en 1723. Toutes les sociétés de John Law furent mises en faillite et les dernières actions encore en circulation annulées.

La Crise qui suit ces événements est profonde pour le Royaume de France. Les prix vont se trouver multipliés par prés de trois du fait de la quantité de monnaie créée. La Bourse sera quant à elle, de nouveau autorisée en 1724, mais comme les opérations à termes y seront interdites, elle sera peu active.

Finalement la faillite du système Law provient de deux causes principales :

-Le problème de manque de confiance dans l’Etat, qui était censé appuyer et soutenir l’ensemble du système. Ce déficit de crédit de l’Etat entraîna la conversion très rapide de leurs actions en monnaie-or, de plusieurs grands personnages de l’Etat comme le Duc de Bourbon ou le Prince de Conti. C’est-à-dire, en fait, ce que le système Law voulait à tout prix éviter puisque la Banque Royale ne pouvait pas assurer le remboursement de l’ensemble des billets en circulation contre des espèces métalliques.

-Le second problème provient des résultats pitoyables de la Compagnie des Indes. Celle-ci était censée, via les résultats de son activité économique, combler les déficits du système et donc le soutenir financièrement. Hors cela ne s’est jamais produit. Les bénéfices qui auraient réellement du être distribués, ne l’ont jamais été.

FB

Sources :

- Essai sur la nature du commerce en général, Richard Cantillon, 1755

- La banqueroute de Law, 17 juillet 1720, Edgar Faure, 1977

- Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances, François Bayard, Joël Félix et Philippe Hamon, 2000

- Mississippi Company

- Université de Poitiers : Le système de Law

- John Law site internet de la SFFP

A lire aussi : Le Krach de l’Union Générale

Pages : >Page 1 >Page 2 >Page 3 >Page 4 >Page 5

Réagir à cet Article